Un réveil surprenant

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Un réveil surprenant
Je suis allongé. Je me sens fatigué, j’ai le dos qui me fait mal, les jambes engourdies et des fourmis dans les pieds. Je ne peux m’empêcher de bailler et de m’étirer. Bing ! Je viens de taper dans quelque chose. Je tourne la tête mais je ne vois rien. Il faut que je me lève. Bing ! Ma parole ! Ce n’est pas mon jour ! Je viens de me cogner la tête contre quelque chose. Je regarde ce que je viens de heurter : c’est étrange, il semblerait que je sois entouré de parois transparentes. Serais-je dans une sorte de sarcophage ? Je me gratte pensivement le menton. Je remarque soudain sur ma droite un petit trou métallique. Il faut que je sorte ; je prends un petit objet qui se trouve à côté de mon pagne et je crochète habillement la serrure. Je pousse la paroi sur le côté. Je sors difficilement car l’espace est étroit. Me voilà debout. Il fait froid. Il faut dire que je marche pied nu sur un sol de pierre. Je fais le tour de mon sarcophage : il s’agit d’un volume rectangulaire posé sur un socle massif. Il se trouve au centre d’une grande pièce. Il fait sombre mais des lumières vertes éclairent le haut de certaines portes. C’est calme. Je suis seul. Je décide d’explorer la pièce : il y a plusieurs autres sarcophages transparents mais ils sont beaucoup plus grands, certains allant presque jusqu’au plafond et ils contiennent toutes sortes d’objets. Je m’approche et je reconnais là des vases d’embaumement, je m’étonne soudain d’en voir quatre portant mon nom ! Je sais ce qu’ils doivent contenir c’est pourquoi je souris ; je suis content : les embaumeurs ont bien fait leur travail. Mon reflet dans la paroi me regarde : je suis bien conservée même si j’ai perdu mes bandelettes. Je balaie la pièce d’un nouveau regard : serais-je dans l’au-delà ? Je continue ma visite. Je ne comprends pas très bien pourquoi les objets sont agencés de la sorte. Tiens voilà Panesery ! Je m’arrête devant la belle momie de mon ancien ami. Lui aussi a eu le droit à un sarcophage transparent. Je le regarde : il est encore emmailloté et pourvu de toutes ses parures. L’au-delà semble lui avoir donné plus de chance et plus d’importance qu’il n’en a eues dans sa vie terrestre. Je hausse les épaules et me dirige vers une sortie. Je me retrouve en haut d’un escalier. Un panneau avec des inscriptions est Louisia K.
accroché. Je m’approche ; je ne comprends rien à l’écriture divine mais il y a des images et je reconnais l’une d’elle : il s’agit du tombeau de notre bien-aimé roi ; il est en très mauvais état ! Placées à gauche, d’autres images montrent les demeures éternelles des rois ancestraux ; je me rappelle les avoir vu plusieurs fois. Par contre, je ne connais pas du tout les temples et autres constructions qui se trouvent à droite. Je me redresse brusquement. Je crois que je viens de comprendre : le panneau représente le temps ! Je place le doigt sur l’image du tombeau de mon roi et regarde tout ce qui suit. Si j’avais encore mes yeux, ils s’éclaireraient de surprise et de fascination. Je descends l’escalier pour me retrouver dans une autre pièce mais cette fois-ci il n’y a plus de sarcophages, seulement des statues de toutes sortes. Que font-ils tous là ? On dirait une immense cachette. Je traverse la salle et débouche sur un endroit plus petit ; je reconnais alors toutes sortes d’objets qui devaient être à l’origine placés dans plusieurs tombeaux dont le mien. L’au-delà a préservé ce que nous avons emmené dans notre mort. J’aperçois dans un petit sarcophage un calame ; je décide d’ouvrir une des parois à l’aide du crochet que j’ai gardé. Je prends le morceau de roseau et décide d’écrire quelque chose. Après l’avoir trempé dans un liquide qui se trouvait à côté, j’écris mon nom, mes titres et le nom de mon roi dans son cartouche sur un des murs de la salle. Je suis satisfait. Mais déjà le sommeil me gagne à nouveau. Il faut que je remonte m’endormir. Je remets tout en place et regagne lentement la pièce puis le sarcophage d’immortalité. Je m’allonge et referme tranquillement la paroi latérale. Je ne vois plus grand-chose. Tout s’apaise en moi. Je m’endors.
Le lendemain. « Qu’est-ce que c’est encore que ces graffiti ! Ces touristes ne respectent rien ! » La femme de ménage n’est pas contente ce matin, elle a déjà passé du temps à nettoyer les vitrines des salles du premier étage du musée. Elle saisit son torchon de son bac à eau, vaporise le mur où est écrit « Mentouhotep », nom d’un vizir encore inconnu des archéologues et efface d’un coup de main efficace l’inscription.
Quelqu’un semble sourire dans une des salles voisines.
Louisia K.

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